Les pays d’Afrique francophones encore à la conquête de leur indépendance

Posté le 25 juillet 2010 dans Actualité

;-) Source : Le Monde

Par le Pasteur Jean-Arnold de Clermont (*), président du Défap-Service protestant de mission

(*) Le Pasteur Jean-Arnold de Clermont est également ancien président de la Fédération protestante de France et de la Conférence des églises chrétiennes en Europe.

Le continent africain d’aujourd’hui est bien loin des clichés qui dominent encore ; il n’est plus seulement rural, pauvre, sous-peuplé, animiste ; mais il s’urbanise, il est en pleine croissance économique et démographique ; il est devenu très majoritairement monothéiste, et se situe au cœur de grands enjeux mondiaux.

Toutefois, ce continent africain, immense réservoir de matières premières, confronté au chômage massif de sa population, à l’emballement de la croissance mondiale, est plus que jamais le théâtre d’une féroce compétition entre Etats, dominants autant qu’émergents, et entre sociétés multinationales ; des millions d’hectares sont achetés par des Etats étrangers ; la Chine, et elle n’est pas la seule, y investit massivement pour acquérir des matières premières nécessaires à son développement et pour y ouvrir des marchés pour ses produits bas de gamme, contribuant à déstabiliser les marchés locaux ; avec la complicité des dirigeants et sans aucun soucis de bonne gouvernance. L’Afrique francophone – parlons de celle-là que nous connaissons le mieux – est-elle condamnée à voir ainsi son espace dominé, ses forces vives exilées, sa population verrouillée par des visas accordés au compte-goutte, son avenir menacé ?

Par certains côtés, l’histoire se répète. La colonisation a connu plusieurs étapes ; celles des premiers comptoirs, souvent associés à l’esclavage ; celle de la conquête coloniale de ses territoires, déjà pour les matières premières, aboutissant au découpage de la Conférence de Berlin (1884-1885) ; celle d’une relative autonomie laissant place à des exécutifs nationaux, tandis que notre Assemblée nationale élisait des députés africains dont certains devenaient membres de nos gouvernements. Vint le temps des indépendances, de l’assistance technique, d’un important budget de la coopération pour une Afrique francophone qui n’était pas traitée comme le reste du monde. Mais cette dernière période est aussi celle des réseaux, fondée certes sur des relations de la France à l’Afrique comme aucun autre pays ne les connaît, mais permettant jusqu’au sommet de l’Etat de coupables complicités, signes d’un néo-colonialisme inacceptable.

Les Eglises protestantes de France se sont inscrites dans le mouvement. Elles ont participé à la naissance d’une œuvre missionnaire importante, d’abord entièrement dévouée à l’évangélisation des peuples africains et à la formation des Eglises indigènes. Puis, influencées par la colonisation, elles ont installé des Eglises missionnaires avant de s’ouvrir au vent de la décolonisation et de donner à ces Eglises leur autonomie, souvent avant même les Indépendances. Mais le plus significatif est la conclusion qu’elles en ont tirée, en 1971, donnant naissance à une Communauté d’Eglises en mission, la Cevaa, où Eglises d’Europe (France, Suisse, Italie) et Eglises du Sud (Afrique, Océanie, Amérique latine) unissaient leurs ressources humaines, spirituelles et matérielles pour partager l’Evangile et sa puissance de vie. Utopie, dont elles mesurent chaque jour les richesses, autant que les difficultés à la réaliser.

C’est sur le fondement de cette expérience, qui ouvre d’autres horizons de collaboration et de recherche d’un avenir commun, que nous souhaitons formuler quelques orientations pour tous ceux et celles qui se soucient de plus justes relations entre le continent Africain et le reste du monde :

L’Afrique, alors qu’elle s’apprête à passer le cap d’un milliard d’habitants, doit d’abord appartenir aux seuls Africains, qu’ils y exercent la souveraineté politique, qu’ils gagnent l’autonomie alimentaire, que leurs matières premières soient transformées sur place ou acquises à un juste prix, que les moyens de leur développement durable soient fournis par ceux qui trop longtemps ont pillé les richesses de leur sol, qu’ils puissent développer une société civile responsable de son avenir.

L’Europe doit, sur le plan international, dénoncer et combattre la prédation dont aujourd’hui l’Afrique est victime. Elle porte, et en premier lieu la France, par sa proximité géographique, par les innombrables relations qu’elle a tissées avec l’Afrique, une responsabilité particulière pour sortir d’une relation post-coloniale et aider à construire enfin une véritable union “eurafricaine”, porteuse des capacités de ce développement durable de l’Afrique, et de sa bonne gouvernance.

De par leur histoire commune, les Eglises d’Europe et d’Afrique doivent constituer un espace commun de relations, de réflexion et de plaidoyer en faveur du continent africain, et de ses populations. La Conférence des églises européennes et la Conférence des églises de toute l’Afrique en relation avec les conférences épiscopales catholiques devraient être, plus fortement que jamais, des acteurs de changement dans les relations entre nos deux continents.

y.

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