Au frontière de la tristesse

Posté le 27 août 2010 dans Société

;-) Source : ChristianityToday – Par Becker Julia Amy (1)

Traduit de l’article : “Boudaries in Grief” (Les Frontières de la Tristesse)

Après le décès de ma belle-mère, je me souviens avoir finalement compris le mot ‘déprimée’. C’était comme si j’avais été poussée sous un lourd rocher, qui m’écrasait sous la forme d’un confinement et me maintenait hors de la lumière. Bien que j’aie pleuré à plusieurs occasions, je ne me sentais pas triste au point de ne pas le supporter. Au contraire, je me sentais émotionnellement anesthésié, comme si la joie et la tristesse avaient été pressées hors de ma vie. Cela n’a pas duré éternellement, et quand je regarde en arrière, je peux même dire que je suis reconnaissante de cette expérience. Mon ancienne douleur semble être une réponse appropriée à la réalité selon laquelle la mère de mon mari, mon amie, était morte prématurément.

Quand je lis l’ article du  New York Times op – ed  écrit par le psychiatre et professeur émérite Allen Frances au sujet d’un récent changement proposé dans le Manuel de diagnostique et statistique des troubles mentaux ( D.S.M. ), je partage ses préoccupations.

Mr A. Frances -Président du groupe de travail qui a créé la version précédente du DSM, n’est pas sceptique quant au bénéfice de la thérapie et des médicaments pour traiter les troubles mentaux.

Mais il décrit ce scénario : «Supposons que votre conjoint ou votre enfant soit mort il y a deux semaines et maintenant vous vous sentez triste ; supposons qu’alors vous preniez moins d’intérêt et de plaisir pour les choses courantes, que vous ayez perdu l’appétit ou votre énergie, que vous n’arriviez pas à bien dormir et que vous n’ayez plus goût au travail. Le manuel DSM 5, diagnostiquerait votre état de santé comme un trouble dépressif majeur».

Il avertit alors son public «Attention à la grosse médicalisation permettant de gérer l’émotion courante ayant pour résultat le sur diagnostique et le sur traitement de gens qui s’en seraient mieux sortis s’ils étaient restés seuls à pleurer avec leur famille et leurs amis, comme les gens l’ont toujours fait.

« Bien que la logique de la modification proposée – Aider l’individu avant qu’il ne s’autodétruise – soit bonne, Mr A. Frances souligne que la chagrin est une composante nécessaire du développement humain. Contourner la douleur par la médecine, c’est contourner une partie essentielle de notre humanité.

Au printemps dernier, Louis Menand écrivait pour Le New Yorker. Il exprimait avec plus d’envergure ses préoccupations quant au DSM et au corps psychiatrique en général. Dans son article, il mentionne plus d’une douzaine de livres qui explorent les problèmes de culture et d’industrie, qui pathologisent l’émotion humaine dans son ensemble. L’auteur Louis Menand définit la dépression comme « une réponse saine face à un monde devenu fou», et rejette l’idée selon laquelle nous devrions « placarder un grand sourire de smiley dans un monde pour lequel nous avons des bonnes raisons de nous sentir malades. »

En dépit des raisons d’être prudent avant de prescrire des médicaments pour traiter la dépression, en particulier dans le domaine de la douleur humaine, Louis Menand et Allen Frances reconnaissent qu’il existe un marché florissant pour ces types de solutions médicales. Nous vivons dans une culture qui essaie d’éviter la douleur.

Nous avons rejeté de nombreux indicateurs culturels quant au deuil : Les veuves ne portent pas de noir pendant un an, les mères qui perdent leurs enfants ne se coupent pas les cheveux, nous avons renoncé au sac et la cendre. Les Américains (NDLR : et autres peuples…) dépensent des milliers de dollars par personne et par an pour les soins médicaux. Beaucoup de ces coûts, combinés avec l’industrie des cosmétiques, la chirurgie plastique, et d’autres exemples commerciaux de notre quête vers la jeunesse éternelle, produisent dans une certaine mesure, le désir (notre désir) d’éviter le vieillissement et, avec lui, la mort . Comme Rob Moll le note dans son excellent livre The Art of Dying: Living Fully into the Life to Come (trad : L’art de mourir : Vivre pleinement dans la Vie à Venir), les Chrétiens ont participé à ce refus.

La mortalité et la douleur sont rarement mentionnées en chaire. Beaucoup d’églises ont déplacé leurs cimetières du centre ville vers les banlieues de manière à ce que nous n’ayons pas à nous rappeler de la mort lorsque nous entrons dans le sanctuaire du dimanche matin.

Pour Allen Frances, «Nos vies se composent d’une série de pièces jointes et de pertes inévitables, mais l’évolution nous a donné les outils émotionnels pour gérer ces choses.»

Louis Menand fait résonner ce sentiment quand il écrit : «Nous pouvons alors, peut-être penser que, puisque nous sommes des créatures naturellement capable de pleurer, nous ne devrions pas court-circuiter le processus.»

Pour les Chrétiens, nous pouvons compter plus que sur l’évolution pour faire face à la douleur.

La Bible encourage le peuple de Dieu à avoir du chagrin, à reconnaître que le tissu communautaire est déchiré quand une personne meurt.

Genèse 50 fait allusion à quelques-unes des anciennes pratiques culturelles entourant la douleur, lorsque Joseph pleure la mort de son père pour les soixante-dix jours. Psaume 88, qui se termine par ces mots : «L’obscurité est ma meilleure amie – Version King James» (‘Mes intimes ont disparu’ – Version Segond), peut-être l’exemple le plus frappant concernant le deuil, parmi les auteurs bibliques.

L’Écriture comprend d’innombrables autres exemples concernant le chagrin, au travers de moments de deuil, de psaumes de lamentation, de pratiques rituelles, et même des marques physiques telles que des cheveux courts et des vêtements spéciaux

Cependant, la Bible nous offre plus que la permission de pleurer quelqu’un.  Elle le fait dans le cadre de l’espérance en un Dieu qui est fidèle et qui a vaincu la mort.

Dans 1 Thessaloniciens, Paul écrit au sujet de croyants qui ont trouvé la mort : «Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance. Car, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts.»(1 Thess. 4:13-14) .

Paul dit clairement que l’espérance Chrétienne n’enlève pas la nécessité de la douleur, mais plutôt que la douleur du Chrétien est liée à l’espérance qu’il a en Christ.

Il est possible, même pour des Chrétiens, que des temps viennent où la douleur se transforme en «trouble dépressif majeur» nécessitant des soins médicaux.

Comme A. Frances l’écrit : «Pour les personnes en deuil, gravement affaiblies ou suicidaires, les médecins peuvent dès lors appliquer le diagnostique de dépression majeure. » Mais le diagnostique ne devrait pas s’étendre systématiquement à tous ceux qui souffrent d’un déchirement, d’une perte légitime.

Mon mari et moi avons beaucoup parlé de sa mère après sa mort. Nous avons écouté de la musique qui nous a rappelé sa personne. Nous avons regardé de vieilles photos et partagé des histoires, laissé les larmes et les rires monter. J’ai même écrit un livre sur cette expérience qui m’a apprise à la connaître, de sa mise au monde jusqu’au cancer qui a fait son travail destructeur en elle. La tristesse pesait sur nous depuis un certain temps, cependant ces blocs de pierre ne sont restés au dessus de nos têtes, pour toujours. Quand ces nuages se sont évaporés, j’ai compris la réalité de la consolation de Dieu d’une manière plus profonde qu’elle ne l’avait jamais été.

Les médicaments peuvent être une réponse importante et appropriée à la dépression. Espérons qu’il ne remplace jamais le deuil.

(1) Amy Julia Becker est un écrivain , une étudiante à Princeton Theological Seminary , épouse de Pierre, et la mère de Penny et William . Ses Blogs :  Thin Places et Her.meneutics

y.


Une réponse à “Au frontière de la tristesse”

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