Comment « l’Église de Rome » a bâti l’Occident

Posté le 24 octobre 2010 dans Actualité

;-) Source : Le Monde - Chronique d’abonnés par Jean Pierre Bernajuzan,

“Pour l’instant, seule la civilisation chrétienne construit le monde. Pour l’instant.”

NDLR : Quelques reflexions sur la religion, ses mécanismes et ses origines. Le processus que je connais le mieux : nous ne naissons pas Chrétiens, nous le devenons… ceci implique obligatoirement la notion de nouvelle naissance. La connaissez-vous ? Construisons donc notre identité de Chrétiens avant de vouloir bâtir le monde à coup de versets… L’histoire nous le rappelle.

 

Tout au long de mes chroniques, j’essaie d’analyser l’évolution historique, pour y situer les évolutions contemporaines. Mais je me heurte constamment à des réacteurs et chroniqueurs qui refusent de remettre en question leurs préjugés. Pourtant, la recherche historique produit de nouvelles connaissances qui réinterprètent le passé. Non, ils veulent garder leurs préjugés ! Cette attitude m’exaspère toujours autant.

Pour comprendre comment l’Église a déterminé la société actuelle, il faut distinguer son action réelle, sociale, de la justification idéologique qu’elle se donne.

Elle suscite 2 types de préjugés :

— celui des chrétiens croyants qui adhèrent à cette justification idéologique,
— et celui des anticléricaux qui la contestent.

Mais ils sont complices pour ne pas aller voir ce qu’il en a été concrètement.

Les chercheurs médiévistes travaillent. L’un d’eux, Joseph Morsel a publié sur internet : L’Histoire (du Moyen-âge) est un sport de combat. J’en ai rendu compte dans ma chronique : L’Église d’Occident.

Notre Occident se repère : à son développement individuel, économique, social, scientifique, sa démocratie, ses Droits de l’Homme…
Joseph Morsel et ses collègues proposent une analyse passionnante de ce développement.

L’aventure commence dès IVe siècle à la chute de l’Empire Romain.

À ce moment-là, quand le pouvoir est devenu vacant, l’Église, seule institution en état de marche, s’est demandé comment assurer sa domination sur ce chaos :

— Par le savoir.
D’après eux en l’an 1000, l’essentiel du travail de construction de la base de notre société occidentale aurait été accompli.
L’hégémonie occidentale serait moins liée à des aspects technologiques, qu’à une organisation sociale à l’efficacité particulière, une meilleure productivité sociale, dont dériverait la suite.

— C’est cette productivité sociale qui est à l’origine de la domination occidentale.
Alors qu’à la fin de l’Empire Romain, l’Occident latin était le moins dynamique face aux autres,
alors que les hommes concernés n’étaient ni plus intelligents, ni plus forts, ni plus nombreux, ils sont pourtant parvenus à dominer pour un temps la planète.

Cet Occident n’est, ni un espace, ni un être collectif, ni une culture.
C’est un système de domination, c’est-à-dire un ensemble de rapports sociaux, qu’on appelle système social.
Ce système social s’est institué progressivement sur une base très hétérogène, et l’homogénéité occidentale actuelle est le résultat de cette institution. Il n’y a aucune prédestination. C’est au XIe siècle que ces évolutions deviennent visibles.

Les médiévistes reprennent les observations de Max Weber, il en ressort : 

1 Que l’organisation sociale non impériale assurée par l’Église constitue une particularité absolue de l’Occident chrétien, qui aurait fondé l’unité culturelle de l’Occident.

2 La « déparentalisation » du social.

Dans les sociétés anciennes européennes, la valeur sociale des personnes était déterminée par leur position au sein de l’ensemble des rapports de parenté de leur société, qui s’imposent à tous et à chacun. En Occident, au Moyen-âge, un long processus d’évolution relativise ces rapports de parenté qui ne seront plus primo-structurants.

3 La disqualification de la parenté charnelle, remplacée par la parenté spirituelle.

L’Église a mis cette « déparentalisation » en œuvre au niveau de son recrutement.

L’Église latine se constitue précisément au Moyen-âge en une institution explicitement fondée sur la marginalisation des rapports de parenté charnelle :

-Célibat et chasteté, excluant par principe toute filiation interne au clergé.
-L’Église prend le contrôle de l’alliance matrimoniale, impose le nom de baptême.
-Aucune généalogie en dehors du cercle royal.
-Culte des ancêtres remplacé par le culte des saints, et en faveur des morts en général, est un recul de la pertinence sociale de la filiation.
-C’est le prêtre qui au moment du baptême fait de l’enfant une personne. Alors qu’en Grèce et à Rome, c’est le père charnel qui le faisait.

L’Église s’est donc approprié les fonctions de socialisation dévolues antérieurement aux rapports de parenté.

En disqualifiant la parentèle, elle a valorisé le noyau familial : elle a donc institué la famille nucléaire.

4 La société médiévale devient une société sans ancêtres, la commémoration des défunts est assurée collectivement ; les morts ne sont donc plus des morts des familles, mais des communautés d’habitants (monuments aux morts).

5 C’est le mariage chrétien qui a structuré la société médiévale sur une base non parentale.
L’appartenance parentale n’est plus le fondement de l’appartenance sociale.
Avec le baptême des enfants et le mariage chrétien, on passe d’un schéma biblique qui disqualifie la parenté charnelle, à la définition de normes pratiques qui mettent les clercs en position dominante.
C’est à ce niveau de production de normes que se joue la particularité de l’Occident latin, puisqu’il partageait avec Byzance les mêmes textes sacrés qui n’y ont pas abouti aux mêmes résultats sociaux.

À suivre…

;-)  Jean 3 : 5-7 « Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas que je t’aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. »

y.


Une réponse à “Comment « l’Église de Rome » a bâti l’Occident”

  1. Jean-Pierre Bernajuzan dit :

    Je vous signale que ce que vous avez publié ci-dessus n’est que le premier des 3 volets de ma publication…

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