Pierre Assouline fait son “Job”
Source : Le Point - Par Marine de Tilly
Drôle d’idée que d’écrire la biographie d’un homme dont on nous assure qu’il n’était pas un homme, mais une parabole. Mais quelle parabole ! Des siècles et des siècles que l’on noircit des papyrus à tenter de percer son mystère. Côté poètes et philosophes, on le vénère. Parce qu’il est un symbole embarrassant, ambigu, fascinant. Côté prêtres et rabbins, en revanche, c’est moins évident. Pour les mêmes raisons. “Rarement un texte aussi maigre aura engendré tant de livres obèses”,écrit Assouline. Et pour cause, il introduit l’idée selon laquelle la foi est gratuite. Job, cerné par les disgrâces de l’Auteur de toutes choses, ne renonce pas à la grâce, “il ne capitule pas devant la finitude”. Il est juste. Il souffre. Il accepte.
Premier mystère : l’humilité, la fidélité “minérale” de Job : “Si c’est un homme, il est la patience faite homme.” Deuxième mystère : le long silence de Dieu. L’Eternel ne répond pas à Job. Pas plus qu’il n’a répondu “aux justes souffrants des camps de la mort”, écrit Assouline. Anéanti, “mort plusieurs fois”, Job sera finalement réhabilité. “Mais le mystère de la souffrance du juste demeure inentamé. Dieu seul le sait.”
NDLR : Cette petite précision quant aux compassions de Dieu : Job supporte avec résignation la perte de ses biens, de ses enfants, ainsi que les souffrances de la maladie. Puis il supporte de même les réprimandes de trois de ses amis, sans renier une fois son Dieu. Dieu lui expliquera ensuite qu’il ne faut pas juger ses jugements avec des vues d’Homme, et le rétablira dans toutes ses possessions, doublées. Il eut sept fils et trois filles qui périrent dans l’effondrement de la maison de leur frère aîné au début de ses épreuves. Puis à nouveau sept fils et trois filles lorsque Dieu le rétablit à la fin du récit.
Silence divin
Pour Assouline, ce silence divin “lui est impardonnable”. Difficile, surtout pour celui qui a la foi, de passer l’épreuve du Livre de Job. L’énigme est totale et absorbante, elle oblige à la réflexion. Celle d’Assouline est passionnante.
Mais ce qui est plus passionnant encore, c’est la relation quasi amoureuse qu’il entretient avec son sujet. “La fin d’une enquête résonne comme la fin d’une liaison. On ne se déprend jamais tout à fait.” Ne parlons pas d’inspiration, mais plutôt d’addiction, d’imprégnation, d’incubation.
Assouline est un biographe, et “tout biographe est un obsédé”. Obsédé cette fois par Job et le défi qu’il lance à l’intelligence. “C’est ma famille de papier. Rien à renier des miens. Job en est désormais. Il ne me quittera jamais.”
Reste ce troisième mystère : pourquoi le biographe des successful Hergé, Marcel Dassault et Gaston Gallimard s’est-il penché sur la figure suprême du malmené par la vie ? Les voies du Seigneur sont décidément impénétrables.
NDLR : Job représente l’archétype du Juste dont la foi est mise à l’épreuve. Il est par excellence, l’Homme qui, dans la souffrance, interroge son Créateur et se laisse sonder intérieurement pour en sortir réhabilité, guéri et vainqueur. Animons nous de la même foi.
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