Ethiopie : à la découverte de Lalibela, réplique de Jérusalem

Posté le 17 janvier 2012 dans Spiritualité

Source: Le Soleil Online

NDLR : curieuse initiative de construire une réplique de Jérusalem grandeur nature ! Au délà du folklore et de la superstition, cela nous renvoie vers une autre Jérusalem : la Nouvelle Jérusalem dont l’avènement est annoncé dans le livre de l’Apocalypse (ch 2 v 1-4), qui est une réelle source d’Espérance :

“Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus. Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la Jérusalem nouvelle, prête comme une mariée qui s’est parée pour son mari.  J’entendis du trône une voix forte qui disait : La demeure de Dieu est avec les humains ! Il aura sa demeure avec eux, ils seront ses peuples, et lui–même, qui est Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.”


Ethiopie : à la découverte de Lalibela, réplique de Jérusalem

Les églises monolithiques de Lalibela sont creusées dans la roche pendant le 11e et le 12e siècle. La localité tire son nom de l’empereur, le saint Gebra Maskal Lalibela de la dynastie des Zagwé. A cause de l’expansion de l’islam, il a voulu créer une réplique parfaite de Jérusalem où les fidèles de l’église orthodoxe éthiopienne se rendent en pèlerinage, à l’occasion de l’Epiphanie et du Noël éthiopien qui coïncide avec l’anniversaire de la naissance de Lalibela. Il se dit que, là-bas, toutes les prières formuléés sont exaucées. Reportage sur la « Jérusalem noire » ! C’est une route zigzagante aux flancs des montagnes rocheuses qui mène vers Lalibela. Dans le rift éthiopien, le relief est très accidenté.  Lalibela qui se situe à 700 km au nord d’Addis-Abeba se trouve à 2.480 m d’altitude. Jadis, connue sous le nom de Wollo, la localité qui est classée patrimoine mondiale de l’humanité par l’Unesco depuis 1978 tire le nom de Lalibela du plus célèbre empereur issu de la dynastie Zagwé qui a régné sur toute l’Ethiopie pendant le 12e et le 13e siècle.

Selon la légende locale, le jeune enfant avait, à sa naissance, une couronne formée d’abeilles sur sa tête. Sa maman avait laissé entendre que ce sont des soldats qui allaient le servir à vie. Plus de sept siècles après sa disparation, les empreintes laissées par Gebra Maskal Lalibela sur l’histoire de la très orthodoxe Ethiopie sont parmi les plus vivaces. Onze églises taillées dans les roches monolithiques, avec une précision et une méticulosité sans communes mesures, défient encore, de façon téméraire, le temps.

La visite commence par une messe. Elle s’est déroulée à l’air libre, entre le bloc administratif de construction récente et le bloc des églises monolithiques. Tous les prêtres ont de longs bâtons et des clochettes, ils sont, aussi, tous enturbannés. Leur accoutrement blanchâtre a, parfois, une bande rouge, parfois, une bande verte. Ils forment, devant d’autres prêtres, portant en plus des manteaux en velours rouges perlés sous des parasols hautement décorés, un demi-cercle. Au milieu de celui-ci, d’autres religieux qui ont des manteaux noirs aux cols rouges ou verts, en plus, forment deux rangées parallèles. Derrière chaque rangée il y a un prêtre, tambour en bandoulière, pour rythmer les pas et chansons saccadés de ses collègues. Ainsi, débute le rituel de la prière à Lalibela.

L’orthodoxie est la religion d’Etat, en Ethiopie, bien que le pays compte des catholiques, des falashas (juive) et une importante minorité musulmane. « L’Ethiopie est une terre chargée d’histoire », confie notre guide d’un jour. Ce membre des « quelques 700 prêtres » qui officient dans les églises de Lalibela est un agent du ministère de la Culture. « Lorsqu’ils étaient en étroitesse dans la péninsule arabique, des compagnons du prophète Mohamed (Psl) ont séjourné en Ethiopie. Vous vous rappelez, aussi, certainement de l’histoire de la reine de Saba et du roi Salomon qui avait pour cadre l’Ethiopie », tient-il à souligner.

Après la prière, la visite peut commencer. Un homme préposé à surveiller nos chaussures nous est présenté. On entre dans les églises de Lalibela pieds nus, compte tenu de la sainteté des lieux. « Lalibela est une réplique de Jérusalem. On a, ici, le fleuve Jourdain, le mont Sinaï ou encore la vallée du Cédron », explique-t-il.

Carte de Lalibela

L’« Afro Ayigeba », une croix en or massif aux pouvoirs miraculeux

A l’entrée des églises, il poursuit : « Les églises de Lalibela ont été creusées entre le 11e et le 12e siècle. Il y a un système d’assainissement qui permet d’évacuer les eaux de pluie vers le fleuve Jourdain ». L’aménagement du site, d’après lui, a été conçu pour que sa topographie corresponde à une représentation symbolique de la Terre sainte.

La première église visitée est celle Bete Medhane Alem qui signifie « la maison du Sauveur du monde ». C’est la plus haute et la plus vaste du site. C’est un peu la reproduction de l’église Sainte Marie de Sion de Jérusalem. 15 000 m³ de roche basaltique furent enlevés de la cour et 10 000 m³ de l’intérieur. Elle est divisée en cinq grandes nefs. Selon notre guide, l’église Bete Medhane Alem est conçue comme une basilique. La partie sud est réservée aux femmes, celle nord aux hommes et celle ouest au clergé.

Le cœur de chaque église est le « maqdas », la pièce qui abrite le « Tabot » symbolisant, à la fois, « l’Arche de l’Alliance » et les « Tables de la Loi ». Deux symboles trop forts de l’église éthiopienne. L’intérieur est généralement décoré d’images pieuses et de riches draperies. « Seul le prêtre a le droit d’y pénétrer », précise notre guide. La particularité de Bete Medhane Alem, c’est qu’elle abrite une croix en or massif de 7 kilogrammes. Connue sous le nom de « Afro Ayigeba », elle aurait des pouvoirs miraculeux selon notre guide.

Les empreintes des pics, pioches et marteaux sont encore visibles sur les façades des églises et de la roche. Selon notre guide d’un jour, la finalité des églises était de permettre aux chrétiens orthodoxes éthiopiens d’avoir sur leur terre leur « propre Jérusalem ». A l’époque, l’expansion de l’Islam avait rendu les pèlerinages vers la ville sainte plus difficile. D’après notre guide, « Le noël éthiopien qui est célébré le 7 janvier de chaque année et l’Epiphanie sont des fêtes pendant lesquelles Lalibela refuse du monde ». La fête du noël éthiopien correspond, aussi, à l’anniversaire de la naissance de l’empereur Lalibela qui est canonisé par l’église orthodoxe éthiopienne. Selon le guide, les empereurs étaient, à la fois, des saints.

Comme l’église Bete Medhane Alem, toutes les églises de Lalibela ont chacune douze fenêtres, en référence aux 12 apôtres. D’ailleurs, à Lalibela, le chiffre douze (Twelve en anglais) est plus que symbolique. Il n’est pas rare de croiser, dans la rue, des personnes qui l’on comme prénom. Comme l’église Bete Medhane Alem, toutes les onze églises de Lalibela ont chacune un bassin pour baptiser les fidèles. Elles ont aussi des tombeaux symboliques de saints comme Adam, Eve, Abraham, Isaac, Jacob, etc.

La capitale de l’église pendant le Noël éthiopien et l’Epiphanie

A Lalibela, la foi se vit de manière intense. En se déplaçant dans le labyrinthe des églises, on découvre des tunnels qui relient les églises les unes aux autres, des religieux et des fidèles ordinaires priant ou lisant la Bible ou des psaumes en Gue’ez, une langue du nord du pays utilisée dans la littérature et la religion, des troues creusés dans les façades. Selon le guide du jour, « Certains membres de la famille royale étaient enterrés dans ces excavations. Mais, le plus souvent, des prêtres s’y enterraient eux-mêmes, croyant qu’ils iraient directement au paradis ». Selon toujours le prêtre, il se dit que toutes les prières faites à Lalibela seront exaucées.

L’intérieur des églises est, généralement, bien décoré. Les tableaux relatent l’histoire de l’enfant Jésus, le combat entre le bien et le mal, bref, l’histoire orthodoxe de l’Ethiopie. « La Bible telle que vous le connaissez est différente de la Bible éthiopienne. Elle prend en compte l’histoire des saints éthiopiens comme Lalibela », fait remarquer notre guide.

L’église Bete Mariam, la deuxième visitée est nettement plus petite que l’église Bete Medhane Alem. D’après notre guide, elle est la deuxième église construite sous les ordres de Saint Lalibela. Elle est dédiée à la sainte vierge Marie, mère de Jésus. On y trouve l’étoile de David, une croix de Malte, une galerie, des escaliers et sept ouvertures. A l’intérieur, le prêtre Madlus Damus veille devant un pilier jalousement tapissé de pagnes blancs tissés. C’est un pilier sur lequel sont gravés les dix commandements et les personnes non autorisées n’ont pas le droit de le dévoiler ». Il se dit à Lalibela qu’une personne étrangère qui s’était entêtée pour l’ouvrir avait trouvé la mort, une fois retournée chez lui. Les églises jumelles de Bete Golegotha et Dabra Sina sont de véritables merveilles. Après celles de Bete Medhane Alem et Bete Mariam, le Saint empereur Lalibela les a fait tailler. Elles sont construites à l’identique et reliées, entre elles, par une porte. On y retrouve la Bible en Amharic et en Gue’ez, la vraie tombe de Lalibela située à sept mètres sous terre, quelques peintures retraçant l’histoire de l’orthodoxie éthiopienne, etc. Sur les façades des églises jumelles de Lalibela, il y a surtout des représentations des douze apôtres creusées dans la roche.

église St Georges

Bete Giorgis, l’église sous forme de croix symbolisant la trinité

En allant vers Bete Giorgis, on découvre l’habitat au temps de la tenue des Zagwé. Il y a de vastes cases rondes, avec un rez-de-chaussée et un étage, faites de débris provenant de la construction des églises. Elles ont des toits en paille. On en retrouve une bonne quinzaine. « Elles sont dédiées à une école confessionnelle », fait remarquer le guide. Devant l’une d’elle, quatre mômes mémorisent des psaumes en Gue’ez. Le diacre qui les enseigne est assis sur un tabouret, à la porte même de la case. Il fait des bandes dessinées portant sur l’histoire de l’église orthodoxe éthiopienne. Les yeux rivés sur son travail dont il fait avec dextérité ; il corrige les moindres fautes commises par les apprenants.

case ronde

Chacune des églises de Lalibela recèle un véritable trésor. Que ce soit Bete Meskel, Bete Denagil, Bete Amanuel, Bete Merkorious, Bete Gebriel-Rufa’el, Bete Aba Libanos, etc. Bete signifie en Gue’ez Maison. Cependant, elles diffèrent toutes à travers leurs formes et leurs architectures. Mais, la plus original de tous est Bete Giorgis. Cette église, taillée, élégamment, sous forme de croix dans 14 mètres de profondeur dans la roche, est une véritable merveille.

Le relief, tout autour, est très accidenté et glissant, par endroit. La cour extérieure est à ciel ouvert. Un système de canalisation permet d’évacuer les eaux de pluie. Il y a une tranchée sous forme de demi-cercle qui mène au bas de l’église. A mi-chemin de la tranchée, il y a des empreintes de pieds sur l’une des façades. « Ce sont les empreintes de Saint Georges », dit le diacre de guide. A l’en croire, cette église a été dédiée à Saint Georges par le Saint empereur Lalibela. A l’intérieur de la cours extérieure, il y a des excavations sur les façades qui ont servis de tombes aux moines, prêtres et autres membres de la famille royale. Il y a, aussi, des cadavres momifiés et un basin creusé à même le sol et, à présent, envahi par les hautes herbes qui servait pour le baptême des fidèles. De l’extérieur, cette église qui symbolise l’arche de Noé pour sauver l’homme saint, sa famille et les espèces animales du déluge a la forme d’un R+2. Sa forme en croix symbolise la Trinité.  A l’intérieur, c’est un hall de 10 m de haut qu’offre l’église Bete Giorgis.

De toutes les églises, elle est la seule à ne pas avoir de pilier à l’intérieur. Sa partie nord est cachée par un gigantesque rideau rouge devant lequel il y a un prêtre pour expliquer l’histoire de l’église. « C’est la dernière église à être construite par Saint Lalibela », souligne le prêtre de service qui précise que c’est la maison de Georges. Tout comme Bete Giorgis, Lalibela et ses églises rappellent Jérusalem. D’ailleurs, le site est, aussi, connu sous le nom de la « Jérusalem noire ».

eb.


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