«Mon secret, c’est le silence»

Posté le 31 août 2014 dans Témoignages

;-) Source : bonne nouvelle

Véronique Laufer (photo du site source)

Des chrétiens d’Irak sont persécutés par des djihadistes musulmans. Quelle est votre réaction?
Véronique Laufer: C’est une nouvelle qui est lourde à écouter. Ce sont surtout les chrétiens et les minorités qui sont persécutés. Comme beaucoup de citoyens suisses privilégiés, j’ai de la peine à entendre ces choses-là. Le théologien Karl Barth disait qu’il faut lire à la fois la Bible et le journal. Nous ne savons pas quoi faire dans nos vies de ces réalités de souffrance humaine. C’est une préoccupation qui nous donne plutôt envie de fuir. Il y a tant de douleur, un peu partout dans le monde. La prière est importante, tout comme le soutien à ceux qui sont encore là-bas, parce que ces pays voient leurs chrétiens s’enfuir, du fait des persécutions.

Des conflits et des situations dramatiques, vous en avez vécu plusieurs. Quelle leçon en avez-vous tiré?
J’avais 17 ans quand la guerre a éclaté. La Suisse était un pays préservé, entièrement entouré par l’axe de l’Allemagne et de l’Italie. La menace était partout. J’étais bien informée sur la condition des Eglises dans toute l’Europe. J’étais proche du Conseil œcuménique des Eglises, en formation, lorsque je faisais mes études de théologie à Genève. J’ai découvert un monde de persécution et de menaces. Cela m’a décidée à quitter la Suisse en 1945, pour aller travailler dans les pays ruinés par la guerre. Je suis partie en France puis en Allemagne, avec la Cimade, un mouvement œcuménique d’entraide. J’ai vu tout ce qui avait été détruit intentionnellement, aussi bien en Normandie qu’en Allemagne. J’ai appris que la violence et la guerre sont toujours une abomination. Ensuite en Algérie, la guerre était aussi au cœur de notre travail. Avec une centaine d’équipiers, notre rôle était d’essayer de soigner, écouter, aimer ces gens qui avaient passé des années de guerre, pas pour les convaincre mais pour leur témoigner un amour qui nous venait de notre foi en Jésus-Christ.

La Suisse religieuse change rapidement. Moins de chrétiens, plus de sans-religion, l’arrivée de l’islam… Comment voyez-vous cette évolution?
J’ai atterri à 23 ans dans les ruines de la ville de Caen, en Normandie, détruite à 85%. Mon travail était auprès des ouvriers qui travaillaient à la reconstruction. C’était en majorité des Algériens musulmans. Mes engagements personnels et professionnels m’ont permis de me préparer à la mondialisation. Je ne suis pas du tout secouée par tous ces changements. C’est la réalité de l’histoire humaine que je veux accepter, parce que le monde appartient à Dieu. Comme pasteur de l’Eglise de Genève, je sais depuis longtemps que nous vivons en postchrétienté. Depuis ma retraite en 1987, je découvre avec surprise qu’il y a encore des gens dans le canton de Vaud qui considèrent que nous vivons en chrétienté. Je suis convaincue que les minorités sont privilégiées. Cela leur fait découvrir leur identité et leur responsabilité. En fait, cela vaut pour tous les militants.

Votre expérience de pasteur s’est déroulée à Genève. Vous avez l’habitude d’une Eglise indépendante et minoritaire?
En 1964 à Genève, les catholiques étaient déjà plus nombreux que les protestants. Je ressens fortement la différence entre les deux cantons. Genève est une ville qui a toujours été libre. Vaud, ce sont des bourgs régionaux qui se sont développés pour les besoins des marchés et de l’agriculture. C’était une tout autre mentalité quand j’étais enfant. Aujourd’hui, la mondialisation a apporté beaucoup de métissage. On vit dans les deux cantons une société de diversité et de pluralité. Ces mélanges ne me dérangent pas, c’est la réalité. L’Eglise de Genève, consciente de cette évolution, a pris des mesures drastiques pour limiter le nombre de pasteurs et de cultes. Pour moi, cependant, le ministère de pasteur garde toute sa valeur aujourd’hui et il a de l’avenir.

Comment vivez-vous votre foi?
J’aime raconter ce petit conte hassidique. C’est l’histoire d’un rabbi qui un jour pose la question à son entourage et à ses collèges. «Pouvez-vous me dire où Dieu demeure?» Ils lui répondent: «Tu le sais, toi, où il demeure, il est partout.» Après un moment, celui qui a posé la question reprend: «Je crois que je sais. Dieu demeure où on le laisse entrer.» C’est l’expérience que je fais et que j’ai faite. Il faut ouvrir la place au silence. Etre chrétien, c’est être en relation avec soi-même, avec les autres et avec l’amour de Dieu. Il faut essayer d’entendre l’amour de Dieu qui nous aime et qui nous cherche et nous trouve. On me demande souvent quel est le secret de ma bonne santé. Mon secret, c’est le silence et l’écoute de la Parole, des autres, et la communion.


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